Des jeunes, acteurs de leur avenir

Harcèlement scolaire : « L’EPIDE m’a aidée à me relever »

Ancienne volontaire du centre EPIDE de Lyon-Meyzieu, Pascaline est aussi ambassadrice 2019 de l’EPIDE. Un moyen pour la jeune femme de témoigner de son passé et du harcèlement qu’elle a vécu au collège.

C’est un parcours brisé. Une vie marquée par le harcèlement scolaire. A 21 ans, Pascaline, vient de terminer un parcours différent, celui de volontaire au centre EPIDE de Lyon-Meyzieu, débuté en juin 2018.

La jeune femme a arrêté l’école en troisième professionnelle, au collège : « Avant l’EPIDE je n’ai plus rien fait pendant plusieurs années ». Pascaline fait en effet face à une période très difficile. « J’étais une personne avec des formes, entourée de filles minces. Elles m’ont attaquée sur mon physique, puis sur ma façon d’être, ma façon de faire, de parler, sur ce que je mangeais, etc. » se souvient, amèrement, la volontaire.

« Je me cachais dans un champ au lieu d’aller en cours »

Face à cette situation de harcèlement, Pascaline se renferme et attend plus d’un an avant d’en parler. « J’avais peur des représailles. J’allais tellement mal que je n’allais plus en cours. Je me cachais dans un champ non loin de chez moi » détaille-t-elle. « J’ai eu des pensées très noires. J’ai même fait une tentative de suicide. J’étais enfermée dans ma chambre, je ne voulais plus rien faire, je voulais juste attendre de fermer les yeux et que je ne revienne pas » confie Pascaline, qui commence tout juste à en parler.

Heureusement, la jeune femme n’est pas seule face à cette épreuve. Sa famille la pousse à demander du soutien et à en parler. « Ils sont partis voir mon ancien directeur et lui ont expliqué ma situation ». Pascaline est alors écoutée et surtout soutenue par son établissement scolaire. « J’ai eu beaucoup de chance d’être crue. Mais c’était aussi important pour mes proches car ils voyaient que je me laissais totalement aller » poursuit-elle.

Une démarche qui porte alors ses fruits. Les auteurs du harcèlement sont sanctionnés par l’établissement. En parallèle, poussée par sa famille, Pascaline porte plainte. Toutefois ces jeunes reviennent la harceler sur les réseaux sociaux. « J’en ai reparlé immédiatement. J’ai reporté plainte et il y a eu des peines. Depuis ce jour, je n’ai plus eu de nouvelles de ces jeunes. Savoir qu’ils avaient été sanctionnés, c’était un vrai soulagement, un stress en moins pour moi » témoigne Pascaline.

« A l’époque j’étais une personne qui se laissait tout le temps marcher dessus. Cette épreuve a forgé mon caractère » Pascaline, ancienne volontaire du centre EPIDE de Lyon-Meyzieu.

Un isolement pendant trois années

Malgré ce dénouement, Pascaline, très marquée psychologiquement, se renferme de plus en plus. « Je ne pouvais plus être face aux autres » explique-t-elle. « Je devais partir pour un CAP vente après ma troisième. Mais je n’ai pas voulu y aller, car je craignais énormément de revivre cette situation » poursuit Pascaline. « Je suis restée chez moi, enfermée. J’avais très peur de rentrer en contact avec quelqu’un. Je sortais, mais uniquement lorsque j’étais avec ma famille. Je ne voulais pas de nouveau être face à des gens ».

Pascaline découvre finalement l’EPIDE lors de sa Journée défense et citoyenneté. « Au bout d’un moment, je me suis dit qu’il fallait que je me relève. Lorsque j’ai découvert l’EPIDE j’ai voulu essayer pour affronter mes peurs, avancer à nouveau » se souvient-elle. « L’EPIDE m’a expliqué que les agents pouvaient m’aider à reprendre confiance en moi, reprendre une vie professionnelle » explique Pascaline, fière de cette décision.

« Sans l’EPIDE je n’aurais jamais laissé ça derrière moi », Pascaline, ancienne volontaire au centre EPIDE de Lyon-Meyzieu.

Une longue reprise de confiance en soi…

Mais revivre en collectivité est une épreuve pour la jeune femme, alors âgée de 19 ans. « Les deux premiers mois, c’était très difficile, ma famille me manquait. Mes encadrants en ont bavé, c’était très dur pour eux. Aujourd’hui, heureusement on en rigole » explique-t-elle, soulagée. « J’étais une personne très renfermée, qui ne parlait jamais. Mais au fil du temps, en apprenant à connaître les personnes présentes sur le centre, je me suis lâchée et c’est allé mieux par la suite ».

Petit à petit, Pascaline reprend confiance en elle au sein du dispositif. « En arrivant, je n’avais plus aucune confiance en moi. Les agents du centre m’ont beaucoup aidé sur ce sujet. Ils ont pris énormément de temps pour me parler, me faire comprendre des choses. J’ai réussi grâce à eux à mettre mon passé de côté, et reprendre, tout doucement confiance en moi » détaille-t-elle.

En reprenant confiance en elle, Pascaline s’ouvre aussi aux autres, pour la première fois depuis plusieurs années. C’est l’occasion pour elle de partager ce qu’elle a subi. « J’en ai parlé à mes camarades. Elles étaient très choquées de ce que j’avais affronté. En parler ça reste toutefois encore compliqué » avoue-t-elle.

… Pour une insertion professionnelle réussie

L’EPIDE l’aide également à voir plus clair sur son projet professionnel. « J’ai voulu me lancer dans l’aide à domicile. J’ai fait plusieurs stages et je me suis rendue compte que ce n’était pas pour moi. Je suis quelqu’un qui s’attache très vite. J’avais peur de ne pas réussir à me détacher des personnes âgées » note Pascaline. Finalement, l’ancienne volontaire se réoriente vers son ancien projet, qui n’avait pas pu aboutir au collège, la vente : « J’aime beaucoup être en relation avec les clients, discuter, pouvoir les aider et les renseigner. J’ai réalisé un stage et j’ai découvert que dans ce secteur, le fait d’être en relation avec les clients, de pouvoir aider, ça me plaisait ». Une décision qui lui permet aujourd’hui de quitter l’EPIDE, un contrat en poche, auprès d’un supermarché E. Leclerc.

Malgré cette réussite, Pascaline n’oublie pas ce qu’elle a traversé. « Si quelqu’un subit ce que j’ai vécu, il ne faut pas attendre comme moi je l’ai fait. Il faut tout de suite en parler, même si c’est difficile et ne pas se laisser faire » explique-t-elle. « Aujourd’hui, je veux partager tout ça » conclut la jeune femme.