Des jeunes, acteurs de leur avenir

De mère adolescente à sapeur-pompier de Paris, itinéraire d’une ambassadrice de l’EPIDE

Alors que le casting 2019 des ambassadeurs de l’EPIDE vient de s’achever, retour sur le parcours de Joranne, ancienne volontaire de Combrée et ambassadrice en 2017.

Difficile d’être mère tout en étant encore une adolescente. C’est pourtant l’épreuve qu’a dû affronter Joranne, devenue maman d’un petit garçon à seulement 16 ans. « J’ai fait un déni de grossesse. Je me suis cachée. Je voulais le faire adopter lorsqu’il est né ». La jeune maman se rétracte toutefois un mois et demi après la naissance. « J’avais repris ma vie d’adolescente classique, mais j’ai changé d’avis ».

Cette épreuve, Joranne l’affronte seule. « Je n’ai jamais grandi chez mes parents. J’ai été placée en foyer très jeune, puis après la naissance de mon enfant en foyer maternel » explique-t-elle. Un foyer qu’elle quitte rapidement, à presque 18 ans, pour s’installer avec son enfant dans son premier appartement, à Angers. « J’ai arrêté mon BEP de service à la personne pour m’occuper de mon fils. J’ai commencé à collectionner les petits boulots sans vraiment savoir ce que je voulais faire plus tard » explique-t-elle. « Je n’arrivais pas à m’organiser ».

Joranne décide toutefois de se renseigner sur l’armée de Terre. Conseillée par des amis, elle se rend au Cirfa qui l’oriente vers l’EPIDE. Elle intègre le dispositif en juin 2016 à 19 ans. « C’était compliqué de rentrer à l’EPIDE et de laisser mon fils la semaine. J’ai dû trouver une solution de garde. Mais je savais que j’allais sortir avec quelque chose après ces quelques mois,  que j’allais avoir une vie plus stable dans son intérêt » explique-t-elle. « Même si c’était difficile de se séparer, cela faisait du bien de se recentrer sur sa vie professionnelle pour devenir une femme et faire une pause. Je voulais devenir une bonne mère et assumer les besoins de mon fils » se souvient Joranne.

Une vie en collectivité difficile

Malgré sa motivation, la vie en internat demeure compliquée pour elle. « Avant, je me levais quand je voulais, je mangeais quand je voulais, je faisais ce que je voulais. Du jour au lendemain j’ai dû vivre avec des règles ». Un changement radical pour la jeune femme. « J’ai dû apprendre à suivre des règles de collectivités, de savoir vivre avec les autres. Mais aussi réapprendre la discipline et surtout, j’ai dû de nouveau écouter des adultes ».

« Au départ, je n’aimais pas l’EPIDE. A la fin cela m’a manqué. On s’occupe de nous, on prend soin de nous à l’EPIDE » Joranne, ancienne volontaire du centre EPIDE de Combrée.

Une période d’adaptation pour la jeune femme qui réussit à se concentrer sur son projet professionnel, intégrer la brigade des sapeurs-pompiers de Paris. « J’avais peur que personne ne m’accompagne sur ce projet. Pourtant, tous les cadres de l’EPIDE m’ont soutenu » se souvient-elle. Un soutien décisif qui encourage Joranne à se lancer. « J’ai découvert ce métier à l’EPIDE. Je voulais aider les autres, faire preuve de dépassement de soi. J’ai tout retrouvé chez les pompiers de Paris. C’est tout de suite devenu un rêve » explique-t-elle. « Je savais que les épreuves de recrutement allaient être difficiles. Je n’avais pas du tout le niveau physique en entrant à l’EPIDE, ni le permis de conduire obligatoire ».

Si Joranne part de zéro, le centre EPIDE de Combrée l’accompagne pourtant sur son projet et lui fixe des objectifs. « Je n’avais pas le profil, ni les compétences de base. J’ai monté des dossiers sur le métier de pompier. J’ai passé en même temps mon code de la route. L’EPIDE a aussi financé mon permis » détaille-t-elle. En parallèle Joranne suit une formation sportive intensive pour se préparer aux tests d’entrée. Des tests physiques et psychotechniques qu’elle passe deux fois et qu’elle réussit à deux reprises. « Je les ai passés deux fois, car la première je n’avais pas encore mon permis » justifie la jeune femme. « Je suis restée deux ans à l’EPIDE, le temps de passer la deuxième fois les tests ».

« Jamais je n’aurais réussi les tests physiques et devenir sapeur-pompier sans l’EPIDE » Joranne, ancienne volontaire du centre EPIDE de Combrée.

« Etre une femme qui travaille et une maman en même temps. C’était mon objectif »

Les premiers mois de sa nouvelle vie professionnelle, Joranne les passent en formation en internat à Villeneuve-Saint-Georges, avant d’intégrer la caserne de Gennevilliers dans les Hauts-de-Seine. « Aujourd’hui, je ne regrette aucun de mes choix. J’ai un salaire, une vie stable. J’ai un contrat de cinq ans et je suis avec mon fils. Je lui apporte une vie stable et un logement à seulement dix minutes de ma caserne. J’ai un rythme de douze gardes par mois de 24 heures à chaque fois. Le reste du temps je suis avec lui » explique-t-elle, fière de son parcours et de sa nouvelle vie.

« Mon fils est fier de dire que sa maman est pompier à l’école. Ses copains sont jaloux ! » Joranne, ancienne volontaire du centre EPIDE de Combrée.

« Aujourd’hui, je fais quelque chose qui me passionne. C’est ça la plus belle récompense. C’est long, il m’a fallu beaucoup de travail » analyse-t-elle. « Ce qui est sûr, c’est que je n’aurais jamais réussi sans l’EPIDE. Avec un parcours de vie pas vraiment idéal, en étant toute seule et avec aucun adulte qui me soutenait, l’EPIDE était le seul soutient que je pouvais avoir » avoue-t-elle, fière de ce qu’elle a accompli. « L’EPIDE m’a apporté de la discipline, de l’organisation. J’ai appris à suivre les règles, à avoir un cadre. Même dans ma vie personne cela m’a appris à m’organiser. J’ai pris un rythme » conclut l’ancienne ambassadrice.