Des jeunes, acteurs de leur avenir

« En entrant à l’EPIDE j’ai fait une croix sur mon passé »

Ancien volontaire du centre EPIDE de Lanrodec, Charles vient de Guyane. Le jeune homme y a connu un parcours compliqué. Comme beaucoup de jeunes touchés par le chômage et la pauvreté il a fait, à l’époque, les mauvais choix.

Comme un volontaire sur trois, Charles a connu des problèmes avec la justice avant d’entrer à l’EPIDE. A 20 ans, le jeune homme, est désormais un ancien volontaire du centre EPIDE de Lanrodec, désormais inséré professionnellement.

Les mésaventures de Charles ont débuté très loin de Lanrodec et de la région Bretagne, à plus de 7000 km, en Guyane française. « Je suis originaire du Nord Est de la Guyane » précise Charles. « Là-bas, il n’y a pas assez de travail ». Une situation économique compliquée qui touche de nombreux jeunes. En 2017, selon l’Insee, 44% des 15-24 étaient ainsi touchés par le chômage. Une situation qui concernait plus de 22% de la population guyanaise.

La Guyane est ainsi, aujourd’hui, le département d’Outre-mer ou le taux de pauvreté y est le plus élevé. La précarité y est très importante sur ce territoire qui enregistre un seuil de pauvreté (420 euros) deux fois plus bas que celui de la moyenne nationale (1015 euros).

Des milliers de jeunes, comme Charles, déscolarisés et sans-emplois finissent par faire les mauvais choix. « J’avais de mauvaises fréquentations et besoin d’argent pour vivre » regrette-t-il. Ces jeunes deviennent des cibles faciles pour de nombreux réseaux mafieux qui exploitent la misère humaine. Des mauvaises fréquentations qui poussent Charles à accepter de devenir une « mule ». Son rôle, transporter de la drogue de la Guyane vers la métropole. Un trafic extrêmement dangereux, la cocaïne, dans la plupart des cas, étant dissimulée dans le corps après l’ingestion de dizaines d’ovules thermosoudés. Si l’un de ceux-ci se déchire, le risque de décès, par overdose, est très élevé.

Charles, comme de nombreuses mules, se fait arrêter à l’aéroport d’Orly. Après quelques démêlés avec la justice, Charles est hébergé chez ses deux frères, à Bordeaux puis à Rennes chez un cousin. C’est le début d’une prise de conscience du jeune homme qui recommence à chercher du travail. « Je voulais travailler dans le gros œuvre, le BTP, ou la maçonnerie. Mais les entreprises ne me prenaient pas car je n’avais pas le permis de conduire, je ne pouvais pas me déplacer ». Et pour cause, de nombreux chantiers sont situés en périphérie ou à la campagne.

Son cousin lui parle alors de l’EPIDE. Celui-ci a fréquenté par le passé le centre EPIDE de Lanrodec. Charles intègre le dispositif en avril 2018. Pour le jeune homme, c’est une révélation. « L’EPIDE m’a beaucoup aidé. La vie en internat, l’encadrement d’inspiration militaire, la façon de faire les choses… J’avais besoin de règles, qu’on me dirige » explique Charles. « J’étais trop libre avant. J’étais perdu. Je ne savais pas comment trouver un emploi ou rédiger un CV. »

« L’EPIDE, ça m’a énormément fait grandir. Avant l’EPIDE, je pensais comme un gamin. Je regrette mes bêtises. Je pense autrement maintenant » Charles, ancien volontaire du centre EPIDE de Lanrodec.

Charles y redécouvre des valeurs, comme la solidarité ou l’esprit de cohésion : « C’était très important, très fort. Aujourd’hui, l’EPIDE c’est une famille pour moi » explique-t-il. « Je me suis fait beaucoup d’amis ici. Cela m’a aidé à m’insérer ».

En arrivant à l’EPIDE, Charles s’oriente une nouvelle fois vers le BTP, et plus précisément la maçonnerie. « J’ai fait deux stages dans la maçonnerie, de deux semaines chacun ». Des stages qui se déroulent parfaitement bien et permettent à Charles de se voir offrir un contrat professionnel en alternance, par l’une de ces deux entreprises. « J’ai commencé la formation début octobre avec l’AFPA. C’est une formation d’un an avec, à la clé, un BEP » explique, avec fierté, le jeune homme. « C’est un peu difficile de retourner en formation, mais l’on pratique beaucoup. Cela change de l’école ! »

Autre étape importante désormais pour Charles, passer son permis de conduire. « J’ai passé mon BSR à l’EPIDE. Mon parcours ayant été assez court, même si je n’ai pas pu passer mon code, je m’y suis beaucoup entraîné ». Prochaine session d’examen à la fin du mois, avant de commencer la conduite. « Ma vie est plus facile grâce à l’EPIDE. Maintenant, j’aimerais prendre mon appartement dans le futur et fonder une famille. Faire ma vie d’adulte, tout simplement ».