Des jeunes, acteurs de leur avenir

Les solutions du CAE pour améliorer l’insertion dans l’emploi des jeunes

Le Conseil d’Analyse Economique a publié mardi 10 janvier une liste de propositions devant permettre d’améliorer l’insertion des jeunes dans l’emploi. Le CAE y vise principalement les jeunes ayant peu de qualification.

1,8 million de jeunes, entre 15 et 29 ans sont sans emploi, ni formation en France (données 2015). 80% de ces jeunes n’ont pas le niveau baccalauréat et risquent de rester au chômage au moins trois ans, selon le Conseil d’Analyse Economique (CAE) qui publie le 10 janvier une liste de propositions pour insérer les jeunes dans l’emploi.

Selon le CAE, « le marché du travail leur est relativement hostile. » Et pour cause, ces jeunes sans qualification sont « souvent employés pour des CDD courts, ils ont peu d'espoir de qualification dans la durée. » Une situation qui ne date pas seulement de la crise de 2008 rappelle le CAE.

« Il n'y a pas de fatalité au chômage et la précarité de ces jeunes », le Conseil d’Analyse Economique

Pour faire face à ce problème, touchant près de 17% des nouvelles générations, le CAE souhaite que la France s’inspire des exemples étrangers. Dans ce cadre, l’organisme présente deux réformes qui « semblent prioritaires pour l'accompagnement des jeunes peu qualifiés : réformer l'apprentissage et repenser l'embauche. »

Renverser la logique du système de formation en apprentissage

Pour engager ce chantier, le CAE défend plusieurs solutions. La première, « renverser la logique actuelle du système de formation en apprentissage. » Concrètement, pour que les jeunes s'insèrent plus facilement sur le marché du travail, le CAE souhaite confier aux entreprises, aux associations et aux collectivités « un rôle de premier plan dans le choix des formations et des contenus ».

En France, « le système est complexe et implique de nombreux acteurs insuffisamment coordonnés » rappelle le CAE. Pire, l’apprentissage n’est pas assez valorisé contrairement aux pays étrangers où il a fait ses preuves. En intégrant dès le départ les acteurs du monde du travail, les formations seraient donc réellement adaptées aux besoins du marché du travail et des entreprises.

Privilégier les moins qualifiés pour l’accès à l’apprentissage

Le CAE souhaite recentrer l’apprentissage vers les formations destinées aux peu qualifiés. « Or, ces dernières années, l'apprentissage s'est surtout développé dans l'enseignement supérieur » note le CAE. L’organisme souhaite ainsi que les moyens publics de l'apprentissage soient renforcés au niveau de l'enseignement secondaire (BEP, CAP, BAC Pro, etc.), puisque « c’est là que le dispositif est réellement déterminant pour les jeunes. »

Le CAE conseille également, pour les jeunes décrocheurs, le développement des formations intensives dans « des écoles de la deuxième chance », qui ont fait leurs preuves, « à l'image des Job Corps américains ». En effet, selon le CAE, « le développement du préapprentissage permettrait de réduire le taux d'échec dans les filières professionnelles, en aidant les jeunes à concevoir leur avenir professionnel et en les préparant au travail en entreprise. »

Le Conseil d’Analyse Economique propose ensuite de repenser le système de rémunération des apprentis, non plus en fonction de l’âge de ceux-ci, mais via des critères de qualification. L’objectif est d’éviter « d’écarter les apprentis les plus âgés et sans diplôme. » En effet, un apprenti en première année est actuellement rémunéré 25% du SMIC s'il a moins de 18 ans, mais 53% du SMIC s'il a plus de 21 ans.

Concernant l’apprentissage, le CAE propose enfin de privilégier ce dispositif par rapport aux emplois aidés. Ces derniers n’ont en effet « pas prouvé leur efficacité en termes d'insertion dans l'emploi. » Les jeunes bénéficiant de ces contrats ont ainsi des difficultés, une fois leur poste arrivé à terme, à retrouver un emploi. Le CAE appelle dès lors à concentrer les moyens publics sur le dispositif le plus efficace, l’apprentissage.

Favoriser l’accès à la mobilité

Cette demande du CAE fait écho à l’enquête publiée le 11 janvier par le Conseil économique, social et environnemental, sur le manque de mobilité qui demeure un frein important à l’emploi des jeunes.

Le CAE veut ici faciliter l’accès au permis de conduire en veillant, notamment, « à la bonne application du décret (21 juillet 2016) visant à limiter les délais d'inscription à l'examen des candidats libres afin d'ouvrir plus largement le secteur des auto-écoles et in fine abaisser le coût du permis et rendre les jeunes plus mobiles ». L’accès au permis de conduire demeure ainsi une condition souvent obligatoire pour trouver un emploi en zone rurale.

Pénaliser les entreprises abusant des CDD

Comment encourager les embauches en CDI ? Si une prime de précarité, versée par les employeurs à la fin d’un CDD à leurs employés, et renchérit de 10% par rapport aux CDI, existent déjà, elle ne suffit à pas à booster les embauches en CDI. 85% des recrutements continuent aujourd’hui de se faire en CDD. « Une proportion encore plus élevée parmi les jeunes » regrette le CAE.

Pour inverser la tendance, le CAE désire moduler les cotisations sociales payées par les employeurs « selon une logique de bonus/malus, en fonction du coût qu'ils font supporter à l'assurance-chômage ».

Réduire les charges sociales sur les postes à bas salaires

Dernière proposition du CAE, « cibler les allégements de charges sociales sur les postes à bas salaires, là où la mesure est la plus puissante et efficace, et là où se trouvent aussi les jeunes sans qualification. » Une mesure qui prend en compte une réalité du marché du travail, les jeunes sans qualification sont bien souvent embauchés au SMIC.

Date de publication : 12/01/2017