Des jeunes, acteurs de leur avenir

Emploi : la situation des jeunes s’est dégradée en France

Mardi 24 janvier, France Stratégie et la Dares ont remis à la ministre du Travail, Myriam El Khomri, leur rapport sur l’insertion professionnelle des jeunes. Une centaine de pages qui revient sur les difficultés que connaissent les jeunes sur le marché du travail, et leurs causes.

Sur-chômage persistant, taux d’activité faible, taux élevé de décrocheurs… La situation des jeunes sur le marché du travail s’est passablement dégradée selon le rapport remis ce mardi 24 janvier à la ministre du Travail, Myriam El Khomri.

Ce document, réalisé par France Stratégie, organisme de réflexion rattaché à Matignon, et la Dares, le service des statistiques du ministère du Travail, dresse un bilan peu flatteur sur l’emploi des jeunes. Le taux de chômage des moins de 25 ans se situe ainsi dans la « moyenne haute » des pays européens, constate France Stratégie.

Un taux de chômage multiplié par 3,5

Le rapport, réalisé avec les organisations syndicales et patronales, ainsi que quatre organisations de jeunesse (Fage, JOC, MRJC et Unef), à l'issue d'une concertation sur l'insertion professionnelle des jeunes lancée par Myriam El Khomri en septembre 2016, met en avant une forte augmentation du taux de chômage des jeunes depuis 40 ans. Un taux multiplié par 3,5 !

Ce taux de chômage atteint 24% en 2016 pour les moins de 25 ans, situant l’Hexagone à la 5e position sur 16 pays européens, après la Grèce, l'Espagne, l'Italie et le Portugal mais loin devant l'Allemagne, le Royaume-Uni ou les Pays-Bas, souligne l’étude.

« C’est un fait, la situation des jeunes sur le marché du travail s’est dégradée », France Stratégie.

Un taux d’activité très faible

Autre point relevé par la Dares et France Stratégie, le taux d'activité des 15-24 ans demeure très faible, en moyenne 4,5 points inférieur en 2015, aux autres pays européens. Une situation qui s’explique par le fait que « les jeunes soient majoritairement en études jusqu’à l’âge de 21 ans », mais aussi par « une dégradation de leur situation sur le marché du travail consécutive à la crise (de 2008, ndlr). »

Autre explication, le très faible cumul emploi-études en France. Même si celui-ci se trouve être en hausse, à 15%, il demeure plus bas qu’en Allemagne ou aux Pays-Bas par exemple, où de nombreux jeunes choisissent la voix de l’apprentissage, parfois obligatoire pour accéder à certains emplois. « En France, la moitié de ce cumul recouvre de l’apprentissage, le reste étant de l’emploi, régulier (4,7%) ou occasionnel (2,2%) », notent les auteurs avant de poursuivre : « Les études disponibles mettent en évidence des effets plutôt positifs [de l’apprentissage, ndlr] sur l’insertion professionnelle à l’issue des études, avec des salaires d’embauche plus élevés ».

Toutefois, cette situation française du faible cumul emploi-études n’est pas forcément négative. En effet, si le cumul peut avoir un effet positif sur l'insertion, il augmente aussi les risques d'échec universitaire quand « le travail n’est pas intégré aux études, notamment lorsqu’il dépasse un certain nombre d’heures (une dizaine par semaine) et entre ainsi en concurrence avec les études, ou quand il concerne des emplois peu qualifiés dont la valorisation est moindre ».

Le taux de « NEET »  plus élevé en France

Beaucoup plus inquiétant cette fois, le rapport relève que la proportion de « NEET », (Neither in Employment, Education or Training) les jeunes de 15 à 29 ans qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation est plus élevé en France, 17% en 2015, que dans les pays scandinaves ou encore en Allemagne. Un taux qui n’a pas reculé depuis 2013 contrairement à d’autres pays de l'Union européenne.

Ici encore le rapport nuance cette donnée. En effet, ces évolutions sont notamment dues à la baisse des redoublements, les nouvelles générations parvenant plus vite et plus jeunes que leurs aînées au terme de l’enseignement secondaire. Autre explication, l’orientation des jeunes générations vers les formations professionnelles est plus fréquente, au détriment des filières longues de l’université. Au final, le rapport constate que « les jeunes Français arrivent plus tôt sur le marché du travail en recherche d’un emploi à temps plein qu’en Allemagne, aux Pays-Bas ou dans les pays nordiques. »

Une surexposition au chômage des moins diplômés

En France, le taux de chômage des jeunes non diplômés représente plus de deux fois celui des jeunes diplômés de l’enseignement secondaire. Ce ratio est comparable à celui constaté au Royaume-Uni, en Suède et au Danemark. Il est aussi, en France, près de 6 fois supérieur à celui des jeunes diplômés du supérieur.

Cette surexposition au chômage des moins diplômés s’est renforcée avec la crise. Le rapport constate que près d’un jeune actif non diplômé sur deux de la génération 2010 se déclare en recherche d’emploi, contre un sur trois de la génération 2004. La situation des titulaires de CAP et BEP se dégrade, elle aussi : leur taux de chômage se retrouve au niveau de celui des non-diplômés six ans plus tôt.

Des jeunes moins diplômés qui mettent aussi plus de temps à trouver un emploi en CDI. Si la moitié des jeunes qui accèdent à l’emploi à durée indéterminée l’obtiennent en moins de six mois, ce délai est supérieur à un an pour un jeune non diplômé sur deux. Le temps passé en emploi durant les sept premières années de vie active est également très hétérogène selon le niveau de diplôme. Ainsi, sur les sept premières années de vie active, les non-diplômés ont passé 28% de leur temps au chômage.

Les jeunes français connaissent en effet un « sur-chômage » élevé au moment de leur entrée sur le marché du travail, qui persiste « plus d'une dizaine d'années après ». 35% sont même en contrat temporaire (contrat court, CDD ou intérim). « Les difficultés d'insertion des jeunes dans l'emploi sont marquées dans tous les pays européens par un sur-chômage. Mais, outre le fait qu'en France la conjoncture du marché du travail est globalement dégradée, ce qui la rend plus difficile chez nous, c'est pour certains le cumul de difficultés qui constituent de véritables barrières à l'entrée (compétences de base, mobilité, santé, logement, maîtrise du numérique...) », résume Hélène Garner, directrice du département travail à France Stratégie.