Des jeunes, acteurs de leur avenir

A Marseille, une association accompagne les jeunes dyslexiques de l’EPIDE

Comment accompagner, au mieux, les jeunes touchés par des troubles dys ? A Marseille, le centre EPIDE expérimente depuis bientôt un an un partenariat avec une association. Objectif : identifier ces jeunes puis leur proposer un apprentissage adapté.

Dyslexie, dyspraxie, dyscalculie, dysphasie, dysgraphie. Ces cinq troubles, souvent non détectés, touchent de nombreux jeunes en France, entachant très souvent toute leur scolarité. A l’EPIDE, une partie des difficultés scolaires et ou de la vie quotidienne de certains volontaires trouve son origine dans ces troubles de l’apprentissage et ces difficultés cognitives qui n’ont pas été détectés assez tôt.

A l’EPIDE, tous les agents prennent ainsi en compte les difficultés cognitives des volontaires pour adapter les contenus de formation et l’accompagnement. Il peut ainsi s’agir de troubles de l’apprentissage, du langage ou de l’attention, de difficultés liées à la maîtrise de la lecture et l’écriture et ou à la maîtrise de la langue française. Cependant, les formateurs d’enseignement général jouent un rôle particulier pour les aider à surmonter ces difficultés en les amenant à réfléchir sur leur rapport aux apprentissages, leurs stratégies de mémorisation, leur logique de raisonnement, etc. Le formateur aide ainsi les volontaires à « apprendre à apprendre ».

Une approche expérimentale à Marseille

A Marseille, pour aller encore plus loin, le centre EPIDE teste depuis onze mois un partenariat avec une association, Provence Dys, créée en 2013 par Philippe Rosado et Dominique Despres, parents de deux enfants dyslexiques. Chaque semaine, l’association intervient pendant deux heures auprès de volontaires préalablement identifiés comme ayant des troubles « dys ». « Le volontaire qui est détecté comme ayant des difficultés relevant de troubles dys est orienté par un formateur pour un entretien plus poussé vers les intervenants de l’association. Par la suite, il est positionné pour participer aux ateliers prévus dans la semaine » détaille Elisabeth Kessler, coordonnatrice pédagogique du centre EPIDE de Marseille.

Pour parvenir à détecter ces troubles, le centre surveille un faisceau d’indices : « Ils ont du mal à lire, à se concentrer. Les jeunes ont aussi des troubles de l’écriture, parfois de l’audition. Ils doivent énormément se concentrer, ce qui leur demande beaucoup d’effort et d’énergie » détaille-t-elle. Des troubles qui demeurent toutefois difficiles à évaluer. « Lorsque nous pensons qu’un jeune est dyslexique, nous l’orientons vers Dominique Despres qui après un entretien qualifie le trouble ou l’écarte ». Depuis novembre 2017 et le début de l’intervention de l’association, une dizaine de volontaires a ainsi été détectée comme touchée par l’un de ces troubles dys.

« J’ai eu beaucoup de soucis durant ma scolarité à cause de ma dyslexie »

C’est le cas de Florian, 24 ans, volontaire au centre EPIDE de Marseille : « J’ai arrêté l’école en 3ème. C’était trop compliqué pour moi. J’ai voulu faire un CAP paysagiste, puis de pépiniériste. Je n’ai fini aucun des deux ». Et pour cause, en plus d’être hyperactif et épileptique, Florian est touché par l’ensemble des troubles dys. « J’ai eu beaucoup de soucis durant ma scolarité à cause de ma dyslexie. En cours, l’on devait m’attendre car je n’arrivais pas à suivre. Cela a créé des tensions quand j’étais dans le collège de mon village » explique-t-il avant de poursuivre : « C’était aussi très difficile pour mes parents. Ils ont donné beaucoup de leur temps pour me faire travailler en dehors de l’école ».

Une situation qui engendre souvent une perte de confiance en soi par les jeunes. Si certains volontaires sont dans le déni quand ils découvrent leur trouble, pour la majorité, c’est avant tout un soulagement. « Ils peuvent mettre des mots sur ce trouble. Pour la famille aussi, c’est une libération. Ils pensaient parfois que leur enfant était juste feignant » regrette Elisabeth Kessler. « Nous leur expliquons d’où viennent leurs difficultés et la façon dont ils doivent dorénavant se positionner » précise Philippe Rosado. « Nous les aidons aussi à obtenir une reconnaissance de travailleur handicapé ».

Le numérique au service de l’apprentissage

Accompagné par l’association au sein du centre EPIDE, Florian utilise désormais de nouvelles techniques d’apprentissage. « Nous proposons par exemple aux jeunes d’apprendre à utiliser des outils numériques d’une autre manière. Il y a un décalage entre leurs capacités orales et écrites qui sont plus restreintes » détaille Philippe Rosado. « Le numérique les touche et permet d’aller vite. C’est un véritable outil de compensation » note-t-il. De manière globale, l’association permet ainsi aux volontaires de travailler sur des supports plus adaptés, mais aussi à trouver des contournements d’apprentissage. Les volontaires apprennent par exemple à utiliser, de manière professionnelle, différents logiciels de dictée vocale.

« C’est un outil dont je me sers quotidiennement aujourd’hui » explique Florian. « Ces ateliers m’ont apporté beaucoup d’aide pendant la préparation de mon dossier MDPH (Maison départementale des personnes handicapées, ndlr). Ils m’ont beaucoup aidé avec le français, grâce à des apprentissages différents par le numérique » détaille-t-il. « L’apprentissage classique pour les dys c’est un calvaire, on ne comprend rien » déplore Florian. « J’ai beaucoup progressé à l’EPIDE. Les mathématiques sont beaucoup plus simples désormais ! J’ai aussi fait beaucoup de progrès en formation générale. J’ai même réussi à avoir mon CFG et mon code de la route ! » conclut Florian. Prochaine étape pour le jeune homme, débuter une formation comme vendeur conseiller en magasin ou manutentionnaire.