Des jeunes, acteurs de leur avenir

A Bordeaux, « Dis-moi dix mots… sur tous les tons »

Les volontaires du centre EPIDE de Bordeaux ont participé cette année encore au concours « Dis-moi dix mots ». Si l’édition 2017 portait sur le numérique et la langue française, 2018 était l’année de la tonalité de la langue. Pour les jeunes, cette nouvelle participation était l’occasion de découvrir autrement les multiples usages de notre langue, en musique cette fois.

En partenariat avec la bibliothèque St-Jean de Mirmont à Bordeaux et plusieurs artistes, les volontaires du centre EPIDE de Bordeaux ont participé à l’opération « Dis-moi dix mots ». Une initiative du ministère de la Culture invitant chaque année les jeunes à réaliser collectivement une production artistique et/ou littéraire, reposant sur un travail linguistique, à partir d’une thématique destinée à transmettre un message sur la langue française : la langue comme lien social, la capacité de la langue à exprimer l’intime, à accueillir les inventions verbales, etc.

Dix mots illustrant cette thématique sont ensuite choisis par les différents partenaires francophones : la France, la Suisse, la Belgique, le Québec ainsi que l’Organisation Internationale de la Francophonie. Et pour l’édition 2018, la thématique retenue a invité chacun à s’interroger sur les multiples usages de la parole, « Dis-moi dix mots sur tous les tons », mettant cette année à l’honneur dix nouveaux mots : accent, bagou, griot, jactance, ohé, placoter, susurrer, truculent, voix, et pour finir volubile.

Cette opération, le centre EPIDE de Bordeaux y participe depuis mars 2016. C’est l’occasion pour les agents du centre de sensibiliser les volontaires à la langue française, en s’appuyant sur cette action. Parler, discuter, proclamer, murmurer, échanger, ou encore communiquer. La parole est multiple et la langue est son meilleur appui. Il faut des mots, mais aussi un ton, une humeur, une pensée pour communiquer. Des nuances qu’ont pu aborder les jeunes du centre ces derniers mois afin de s’interroger sur les usages de la parole comme l’y invitait cette nouvelle édition.

L’écrit comme outil d’insertion sociale, et de la culture

L’opération 2018 mettant l’accent « sur tous les tons » pouvant être utilisés dans la langue française, il était tout naturel pour le centre EPIDE de faire la part belle à la musique. Un point de départ pour la mise en place d’un projet avec deux artistes, Cédric Bernard et Rémy Devert, tous les deux auteurs-compositeurs et interprètes.

Un projet qui a permis, cette année, à douze volontaires de participer à des ateliers d’écriture et de musique avec ces deux artistes. Objectif, décomplexer et faciliter l’accès au monde de l’écrit comme outil d’insertion sociale, et de la culture en réalisant collectivement ou individuellement une production littéraire reposant sur un travail linguistique mis en musique.

Un travail intense, puisque le projet s’est déroulé en seulement quatre semaines, de la rencontre entre les jeunes et les artistes à l’enregistrement en passant par l’écriture ou les répétitions. Pour sélectionner les thèmes qui seraient abordés en musique, les volontaires ont pioché dans les livres de la bibliothèque St-Jean de Mirmont. Quatre séances d’écriture s’en sont suivies, pendant lesquelles Rémy Devert, aussi connu sous le nom Makja, a insisté sur la nécessité d’aller au bout de sa pensée, de l’illustrer et de la définir précisément. Deux séances de mise en voix, sur des pistes composées spécialement pour ce projet et en accord avec les préférences musicales des participants, se sont ensuite tenues.

Véritable épreuve, ce projet a non seulement fait appel à la notion d’effort, de persévérance pour aller jusqu’au bout, mais aussi de patience pour voir le résultat. La dernière étape s’est finalement déroulée dans un studio d’enregistrement semi-professionnel au service jeunesse Brassens-Camus de la ville de Lormont. Des ateliers intenses, mais très bien reçus par les volontaires du centre de Bordeaux : « Cela m’a donné envie de revenir en studio et de continuer à écrire. J’ai appris plusieurs techniques pour écrire que je ne connaissais pas » explique ainsi l’un d’entre eux.

Pour les agents du centre, participer à cette action était aussi un moyen d’aborder autrement la formation en français délivrée pendant le parcours EPIDE : « Bien qu’il ouvre des portes vers l’autre et le monde, l’écrit est souvent délaissé par le public et peut constituer un clivage social. L’écriture à travers la musique a ainsi été un moyen d’expression de la vision du monde des participants afin de renouer avec cette pratique bien souvent boudée par les jeunes que nous accueillons » explique Sophie Dos Santos, Formatrice d’enseignement général au centre EPIDE de Bordeaux.

Au final, la production réalisée a été présentée sous trois formes après avoir été enregistrée et arrangée en studio : une rencontre entre volontaires et partenaires du projet au centre EPIDE, une présentation à la bibliothèque de St-Jean de Mirmont le 11 octobre et une interview radio. Des réalisations qui auront permis aux volontaires de s’ouvrir aux autres, d’être reconnus et valorisés pour leur travail, mais aussi écoutés « sur tous les tons ».